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mercredi 3 mars 2021

Printemps 1885 - Marthe (6)


Printemps 1885 - Marthe (6)

Marthe déposa le plateau du petit-déjeuner sur la crédence près du lit avant de se diriger vers les fenêtres dont elle tira les rideaux sur un matin ensoleillé.

« Madame a bien dormi ? », s'enquit-elle doucement.

Mme Desjoyaux se cala contre ses oreillers, avant de ramener sa longue tresse sur sa poitrine et de soupirer.

Printemps 1885 - Marthe (6)

« Ce n'est pas pareil quand vous n'êtes pas là... Lucienne est pleine de bonne volonté mais qu'elle est maladroite ! Encore heureux que la représentation d'hier soir au théâtre était très satisfaisante : les artistes ont rivalisé de talent et de verve si bien qu'ils ont été applaudis de très longues minutes ! Et vous, comment s'est passé le mariage de votre frère ? Enchaîna-t-elle sans transition. A vrai dire, je ne pensais pas vous voir à mon réveil... Ne deviez-vous pas dormir là-bas ?

— J'ai préféré profiter de la voiture d'un des invités et rentrer juste après le départ des mariés, répondit Marthe, mais le mariage était très bien ! D'ailleurs, je remercie Madame de m'avoir donné sa vieille robe. Après l'avoir rafraîchie, elle semblait sortir de chez le tailleur !

— Vous avez des doigts de fée, Marthe ! Je vous ai vue partir de la fenêtre de ma chambre et vous étiez très élégante, je peux vous l'assurer... »

Depuis huit ans que Marthe Lambert était à son service, Mme Desjoyaux, qui passait pour une maîtresse exigeante, n'avait, depuis le début,  que des louanges à adresser à sa femme de chambre qu'elle trouvait conforme à ce qu'elle attendait d'une domestique : active, soignée, discrète, honnête, patiente, mais surtout, décente dans ses propos. La patronne de Marthe n'avait pas hésité quelques années auparavant à réclamer de son mari une épuration de la domesticité après avoir entendu son fils de douze ans répéter un juron du cocher et sa fille de sept ans raconter sans le comprendre un écart de la femme de chambre. Faisant la chasse à tout ce qui aurait pu corrompre la pureté et la chasteté de son foyer, Magdeleine Desjoyaux avait pourtant hésité, en femme prévoyante et jalouse, à embaucher Marthe qu'elle trouvait trop jolie, mais elle avait été charmée par les manières naturellement distinguées de la jeune femme si éloignées de sa condition inférieure. 

vendredi 18 octobre 2019

Printemps 1885 - Martial & Léonie (5)

 [DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (5/5)

Pour la première fois depuis leur mariage, Léonie se leva avant son mari qui cuvait son vin à ses côtés en ronflant bruyamment. Elle ne savait pas si elle devait se fâcher ou s'attendrir de cette situation. Pour la première fois, il lui apparut vulnérable. Était-ce dû à cette mèche fauve qui lui barrait le front ? Ce bras qui pendait mollement hors du lit ? Ou ce caleçon qui s'était malencontreusement ouvert sur l'arrière, révélant la partie la plus charnue de son individu ? Ses yeux revenaient sans qu'elle le veuille à ce morceau de chair rebondi, aussi tentant qu'une belle pomme à croquer.

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (5/5)

Elle se rapprocha du lit, s'agenouilla à hauteur de son visage qu'elle contempla attentivement. Même privé de son magnifique regard pers, les traits ne perdaient rien de leur beauté, paraissant juste plus virils qu'à l'ordinaire. Elle cueillit entre les siennes la grande main meurtrie de cals qui pendait dans le vide, la porta à ses lèvres. A cet instant, elle avait envie qu'il s'éveille, juste pour avoir le plaisir de sentir peser sur elle son regard bienveillant.

mardi 13 août 2019

Printemps 1885 - Martial & Léonie (4)

 [DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (4/5)

Comme elle lui avait demandé la veille, Martial réveilla sa femme sitôt levé. L'aube pointait à peine, grelottante et déjà noyée de pluie, donnant envie à Léonie de rester enfouie sous les draps. Mais, se rappelant ses résolutions, elle se força à s'extraire de la chaleur du lit.

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (4/5)

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (4/5)

Martial s'était dirigé vers l'étable pour la nettoyer et Léonie entreprit de préparer le petit-déjeuner : elle mit la soupe à réchauffer et commença à faire revenir dans une grande cocotte un peu de graisse de confit, des champignons secs, de l'ail et du persil, du petit lard. Aux œufs battus, elle ajouta beaucoup de mie de pain et de bouillon. Elle sursauta de surprise quand elle avisa à ses côtés la présence de son mari qu'elle n'avait pas entendu approcher. Il avait fini sa corvée et venait de se laver les mains et le visage à la pompe. Elle pouvait sentir l'odeur du savon flotter jusqu'à ses narines.

« Sa-sa-sa-ça sent drôlement b-b-b-bon », la complimenta-t-il sur un ton gourmand.

Elle leva les yeux vers lui qui la dépassait d'une bonne tête. Elle ne cessait de se sentir troublée par la manière dont il remplissait l'espace, comme s'il lui offrait comme sauvegarde la force discrète de son grand corps d'homme. Elle se força à reprendre la préparation du repas en priant pour ne pas le gâter. Avant même qu'elle ait pu protester, Martial s'était mis à dresser la table en sifflotant un air inconnu et joyeux. Enfin, elle servit le tout, bien doré et bien croustillant, dont son mari fit de grosses tranches qu'il distribua équitablement.

dimanche 14 juillet 2019

Printemps 1885 - Martial & Léonie (3)

 

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (3/5)

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (3/5)

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (3/5)

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (3/5)

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (3/5) [DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (3/5)

Léonie émergea du sommeil au mitan du jour. Deux semaines s'étaient écoulées depuis les paroles réconfortantes que Martial Lambert avait prononcées le lendemain de leur nuit de noce et, malgré la délicatesse dont il l'entourait, Léonie était continuellement habitée par le chagrin. Elle ne se plaisait pas du tout dans la ferme de son mari et ne pouvait s'empêcher de pleurer en cachette chaque matin à son réveil. En dépit de tous ses efforts, elle n'arrivait pas à se raisonner ni à s'habituer à la rusticité de sa nouvelle vie. Elle se sentait d'autant plus malheureuse que Martial Lambert ne ménageait pas sa peine pour lui faciliter la vie à la ferme. Peut-être trop d'ailleurs. Car son mari, avec sa discrétion habituelle, n'avait cessé depuis le début de leur vie conjugale d'accomplir les diverses tâches dévolues à sa femme. Sa prévenance et sa gentillesse, au lieu de la soulager de sa peine, contribuaient à sa mélancolie en la laissant presque continuellement désœuvrée. Léonie, la plupart du temps oisive, se sentait oppressée dans la sombre et grande pièce à vivre. Elle n'y restait que le temps nécessaire à accomplir les rares corvées que Martial avait oubliées, et, par anticipation, redoutait le moment où la mauvaise saison reviendrait, l'obligeant à rester enfermée.

jeudi 25 octobre 2018

Printemps 1885 - Martial & Léonie (2)

 

Printemps 1885 - Martial & Léonie (2/5)

N'avoir pour patron que le vent, la pluie et les saisons convenait parfaitement à Martial Lambert, même si, les mauvaises années, ses efforts pouvaient être réduits à néant. Mais au moins, il n'y avait plus de contremaître pour l'obliger à accomplir des tâches dangereuses, comme ramper sous un métier en marche ou grimper dessus pour replacer sur l'axe la courroie de transmission, ignorant sciemment son statut d'enfant. Il n'avait plus à subir toute cette insouciance criminelle, due à l'appât du gain et cause d'accidents affreux, comme celui qui avait coûté la vie au fiancé de sa sœur et un bras à son père.

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (2/5)

Il arrêta brusquement la cognée, surpris de repenser à cette tragédie qui amènerait immanquablement les souvenirs douloureux de tous les autres malheurs qui en avaient découlé. Or, il refusait de se laisser rattraper par les fantômes du passé. Il venait d'épouser la femme dont il était profondément épris. Il l'avait quittée à la pointe de l'aube mais à cet instant, il n'avait qu'une hâte : se retrouver dans l'angle de son regard, à portée de sa voix, attendant d'être entendu jusque dans ses silences. Il se sentait tellement frustré de ne pouvoir lui parler sans bégayer, de ne pouvoir lui dire tout ce qu'elle lui inspirait de doux et de délicat, tous ces espoirs d'un foyer heureux et chaleureux rempli par les rires de leurs enfants.

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie (2/5)

Il se laissa glisser le long de l'arbre, s'adossa au tronc. Penser à elle avait fait accélérer les battements de son cœur et affluer les merveilleuses images de sa journée de mariage. Sa danse avec Léonie, si éclatante de beauté dans sa robe de mariée, le front ceint d'une couronne de fleurs dont le parfum enivrant flottait encore à ses narines. Le baiser qu'il lui avait donné après l'échange des anneaux et cette furtive mais délicieuse étreinte qui étaient pour lui le début d'un langage. Et puis... et puis... dans les ténèbres de la chambre, la trouée blanche de sa chemise de nuit qui l'avait guidé jusqu'au lit.

vendredi 12 octobre 2018

Printemps 1885 - Martial & Léonie (1)

 

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie
Martial avait été réveillé bien avant l'aube par les aboiements intempestifs de Gambetta. Il s'était empressé de se lever pour le faire taire avant que sa jeune épouse ne soit à son tour réveillée.

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie

Renonçant à se recoucher, il avait prestement enfilé ses vêtements et en avait profité pour s'occuper de son jardin tandis que les premiers rayons de ce soleil printanier baignaient le ciel matinal d'une lueur crue.

[DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie

« Veille bien sur ta maîtresse en mon absence ! », avait-il ensuite enjoint Gambetta avant de partir sur sa parcelle de châtaigniers pour y couper du bois.

Quelque soit la saison, Martial était toujours occupé à travailler, même durant les périodes les moins chargées. Il y avait toujours quelque chose à faire dans une ferme. L'hiver était réservé à la réparation des outils. Quand le printemps revenait et si le temps le permettait, il travaillait dans les prés à curer les rases d'irrigation, élaguer les haies, détruire les taupinières. Bientôt arriverait la tonte des moutons. Et puis l'éreintante période des moissons. Et alors, l'hiver serait bientôt aux portes et tout recommencerait.

vendredi 3 août 2018

Un mariage de printemps - 5

 

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

Le cœur de la jeune fille battait la chamade en arrivant devant la fermette de Martial. Elle était parfois passée devant lors de ses promenades sans y faire attention. Comment aurait-elle pu imaginer un jour en devenir la maîtresse de maison ? Elle redoutait de suivre son mari à l'intérieur, mais la nuit s'était si brutalement rafraîchie que de légers flocons de neige commencèrent à tomber du ciel noir, la faisant frissonner de froid et rechercher la chaleur d'un feu.

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (5/5)

Elle ne s'attendait pas au choc qui la saisit quand Lambert et elle s'engouffrèrent à l'intérieur. La fermette était constituée d'une seule et unique pièce à vivre, rudimentaire, dont le sol de terre battu était recouvert de paille pour l'isoler du froid, et comble de l'horreur, elle s'ouvrait sur l'étable d'où lui parvenaient les souffles chauds des animaux de la ferme.

samedi 28 juillet 2018

Un mariage de printemps - 4

 

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (4/5)

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (4/5) [DC] Prologue : Un mariage de printemps (4/5)

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (4/5)

Les deux mariés, assis à la table d'honneur, ne s'adressaient pas la parole, gênés de se sentir comme deux étrangers. Que pourraient-ils bien se dire ? Etaient-ils d'ailleurs obligés de parler ? Martial, qui, complexé par son handicap, redoutait de rebuter sa jeune épouse, se sentait en outre engoncé dans ce trop beau costume qu'il n'avait pas l'habitude de porter. Son beau-père avait absolument tenu à le lui offrir afin qu'il fasse honneur à sa fille. Martial avait été étonné par ce geste généreux, qui ne ressemblait guère aux habitudes de Léonce Lesaunier, réputé près de ses sous et continuellement occupé à faire fructifier son bien bannissant toute dépense inutile.

mercredi 25 juillet 2018

Un mariage de printemps - 3

 [DC] Prologue : Un mariage de printemps (3/5)

Et maintenant, elle se tenait devant son fiancé, qui semblait encore plus nerveux qu'elle, mais beaucoup plus comblé. Elle fut un instant tentée de dire "non" au moment de l'échange des consentements, mais la présence subtilement menaçante de son père l'en dissuada.

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (3/5)

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (3/5)

C'était la première fois que Léonie voyait son fiancé d'aussi près. Bien à contre-cœur, elle fut obligée de reconnaître que sa mère avait eu raison de le qualifier de "très bel homme". Quel dommage qu'il fût d'un rang social si inférieur au sien en plus d'être affublé de ce ridicule bégaiement !

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (3/5)

Quand leurs mains se joignirent, elle sentit celles de Martial Lambert trembler légèrement entre les siennes. Il la couvait en outre d'un regard adorateur qui lui fut odieux sans qu'elle sache pourquoi. Après tout, ils ne se connaissaient pas, il n'avait aucun droit de la regarder ainsi...  Ah si, il avait payé cinq acres de riches et grasses terres pour ce faire...

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (3/5)

Par réflexe, elle retira brutalement ses mains de cette étreinte, mettant son fiancé dans l'embarras. Quelques secondes passèrent sans dissiper la gêne presque palpable qui s'installait. Martial ne savait comment réagir, déstabilisé par le comportement ouvertement hostile de sa fiancée. Enfin, il se décida à lui parler :

«P-p-p-p-p-p-uis-je vous passer cet aha-aha cet anneau au doigt ?»

Léonie inclina la tête dans un faux geste de soumission, mais au moment où Martial poussait l’anneau jusqu’à la troisième phalange, la jeune fille plia le doigt comme pour lui dénier la maîtrise de leur futur foyer.

Léonie avait agi ainsi par pure provocation mais elle ne s'attendait certes pas à ce que son mari réagisse de manière aussi gentille. Offrait-on un sourire bienveillant à la femme qui venait clairement de vous signifier que c'est elle qui porterait la culotte ? Mais rien n'aurait pu entamer le bonheur de Martial qui venait de s'unir à la femme dont il était si profondément amoureux. Comme il se penchait pour l'enlacer, il s'enhardit jusqu'à sceller leur baiser d'une promesse solennelle :

«J'-en-j'en... j'en-j'en... j'emploierai toute ma vie à v-v-v-vous rendre heureuse...»

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (3/5)

Le baiser qu'il lui donna était timide et maladroit mais les deux mains chaudes qu'il avait plaquées sensuellement sur la nuque et la taille de sa jeune épouse exprimaient la passion qui l'animait. Bien malgré elle, Léonie se sentit toute troublée.

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (3/5)

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (3/5)

Après l'inévitable baiser traditionnel,  Martial, le cœur noyé d'extase, ne put s'empêcher de se laisser aller à une familiarité de mauvais aloi : il embrassa sa femme tendrement sur la joue devant toute l'assistance.

[DC] Prologue : Un mariage de printemps (3/5)

 Ce geste intime, c'était terriblement indécent ! Quel rustre !


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lundi 23 juillet 2018

Un mariage de printemps - 2

 [DC] Prologue : Un mariage de printemps

Travaillée par un puissant sentiment d'injustice et de révolte, Léonie avait eu envie de tout casser dans sa chambre. Mais son côté pragmatique avait  rapidement repris le dessus et elle s'était efforcée de calmer cette colère dévastatrice qui n'aurait pu lui être d'aucun secours. Une idée, vite une idée ! Elle avait besoin de trouver le moyen de faire capoter le projet de son père. Elle avait alors regardé par la fenêtre pour constater ce qu'elle savait déjà: il lui serait impossible de s'échapper par-là sans risquer de se briser les os.

[DC] Prologue : Un mariage de printemps

[DC] Prologue : Un mariage de printemps

[DC] Prologue : Un mariage de printemps

[DC] Prologue : Un mariage de printemps

L'arrivée de sa mère, qui revenait du bourg, avait mis fin à ses investigations.

«Que se passe-t-il avec ton père ? s'était enquis Etiennette sur un ton inquiet. Je vous ai entendus criés depuis le moulin...
— Il se passe que ton mari veut m'obliger à épouser l'idiot du village et que je m'y refuse... Tu te rends comptes, maman ? Il m'a vendue à lui pour un lopin de terre...
— Un lopin ? J'avais entendu parler de cinq acres !
— Maman ! avait protesté Léonie d'un air offensé. De quel côté es-tu ?
— Du tien, tu le sais bien, ma chérie... Mais j'ai bien peur de ne pas être en mesure de t'aider...»

dimanche 22 juillet 2018

Un mariage de printemps - 1

 [DC] Prologue : Un mariage de printemps

[DC] Prologue : Un mariage de printemps

[DC] Prologue : Un mariage de printemps

 Léonie sentait la poigne ferme de son père contre son bras, comme pour l'empêcher de mettre à exécution les menaces qu'elle avait proférées quelques semaines auparavant à l'annonce de son mariage : fuir pour prendre le voile au couvent de la Miséricorde sur la presque île de Charmay-les-Forges. Suite à sa rébellion, elle avait été séquestrée dans sa chambre jusqu'au jour du mariage, et maintenant, la jeune fille ne voyait plus aucune échappatoire possible. Malgré la voix menaçante de son père qui la sommait de plaquer un sourire de circonstance sur son visage, Léonie avançait vers l'arche de mariage avec l'expression résignée de la victime innocente que l'on mène à l'échafaud. Elle se souvenait avec désespoir de ce jour haï entre tous où son destin avait basculé.

Printemps 1885 - Marthe (6)

Marthe déposa le plateau du petit-déjeuner sur la crédence près du lit avant de se diriger vers les fenêtres dont elle tira le...